Etudiants vous n'êtes pas surveillés, la rubrique de vulgarisation de l'IoT

INTERVIEW DE SAMI M., ARTISAN IOT

 

Bonjour Mr Mimouni, pouvez-vous nous expliquer pourquoi et comment vous êtes venu aux objets connectés ?

 

J’ai toujours été intéressé par l'électronique, j’ai fait beaucoup d'électronique à base d’Arduino et d'accéléromètre quand je prenais le train pour faire mes études en école d’ingé, j’avais 12h de train les week-end, du coup je mesurais les phases d’accélérations et freinages du train et j’ai eu l’idée de basculer ça sur la moto, car on était très en retard sur la technologie dans la moto...

 

Je précise que vous êtes le concepteur d'un boîtier connecté pour moto, Made in France, commercialisé en Europe sous le nom "Pégase Moto". Il s'agit d'un traceur GPS antivol https://smtperformances.fr/

 

Quels sont les challenges auxquels vous avez été confronté en vous lançant dans l’IoT ?

 

L’absence de maturité du marché et des acteurs. Marché côté client : en 2016, le marché n’était pas du tout prêt, personne ne savait ce que c’était qu’un objet connecté pour la moto, et n’en voyait pas l’intérêt, comme souvent dans l’innovation. 

 

Puis un manque de maturité côté fournisseur, par exemple les business model des fournisseurs de carte SIM n’étaient pas du tout adaptés à faire du volume. Surtout que nous avions fait un vrai pari en proposant du sans abonnement, mais on savait que comme l’explosion d’internet auprès du grand public dans les années 2000, la marché allait évoluer très vite vers des offres beaucoup moins chères, ça et surtout l’évolution des réseaux télécoms. 

 

On s’est lancé avec la 2G, ensuite la 4G est arrivée, et du coup on est dépendant des fabricants de puces téléphoniques, sur quels réseaux ils se positionnent.

 

Avec la crise de l’approvisionnement en composants électroniques, comment voyez-vous l’évolution du marché dans les 3 à 6 mois ?

 

C’est une magnifique opportunité pour nous car le marché va être favorable aux petits acteurs capables de changer leurs composants très rapidement, alors que les leaders du secteur comme Bosch ou Vodafone Automotive vont être beaucoup plus lents de par leurs process à s’adapter à la crise, donc il va y avoir un petit coup de boost du côté des acteurs comme nous, ceci dit il y a impact minime pour nous, de par nos volumes en dizaine de milliers de pièces à l’année par rapport à l’industrie automobile qui traite en millions...

 

Dans quelle démarche s’inscrit la conception de votre produit, un boîtier connecté pour moto ?

 

C’est vraiment une innovation d’usage, car cette techno existe depuis longtemps (avec l’arrivée de l’IoT) mais les traceurs étaient surtout cantonnés au suivi des utilitaires pour les flottes de véhicules des grosses entreprises. Ici l’innovation est surtout côté UX, rendant cette technologie complexe utilisable par n’importe qui. Le gros défi réside dans l’expérience utilisateur, notamment dans la moto grandpublic où on n'est pas vraiment habitué à la haute technologie.

 

Peut-on parler de “moto intelligente” si un deux-roues est équipé de votre traceur GPS Pégase Moto ?

 

Alors les motos modernes sont déjà intelligentes, sont bardées de capteurs et sont capables de calculer la pression de frein à appliquer en fonction de l’angle d’inclinaison, mais toutes ces informations ne sont pas rendues au client; donc je parlerais plutôt de moto conviviale ou intuitive, et ce sont des évolutions qui sont rétro compatibles, c’est à dire qu’on peut embarquer ces technologies sur des motos plus anciennes pour bénéficier de toutes ces analyses d’usage. 

 

 

Quelles sont les évolutions à venir (sur la partie matériel principalement, mais vous pouvez nous parler de l’application que vous développez en plus du hardware) 

 

Les évolutions IoT dans le futur concernent surtout le passage sur les nouveaux réseaux 4G LTE-M, intégré à la norme 5G, et puis le renforcement des options disponibles. Aujourd’hui on pense qu’on a encore 4-5 ans à éduquer le marché et convaincre de la pertinence et de plus-value de notre produit, et puis on va multiplier les fonctionnalités, comme on l’a vu pour les smartphones. Si on se rapplellen au début, il fallait convaincre de l’utilité des smartphones, et puis on a vu arriver des fonctionnalités comme le capteur d'empreinte, l’écran sans bord, etc. Et puis aussi l’arrivée des concurrents va aussi dicter l’évolution de notre produit, aujourd’hui on est pratiquement seuls sur le marché à dominer le marché français, bientôt le marché européen...

 

Votre boîtier connecté permettra-t-il donc de toucher du doigt la notion de maintenance préventive ? Voire même prédictive ?

 

Tout à fait, notre premier investisseur nous a contacté avec cette vision de se rapprocher de la maintenance; il y a un véritable enjeu pour tous les acteurs : pour nous c’est de faciliter la vie des clients, pour le motard c’est de mieux suivre l’entretien de sa moto car une moto s’entretient beaucoup plus fréquemment et régulièrement qu’une voiture, et du côté des magasins et concessions moto etc il y a enjeu de mieux accompagner les clients sur la maintenance....

 

Il y a déjà un carnet d’entretien dans l’App...

 

C’est exactement ce que je disais tout à l’heure : on a déjà un carnet d’entretien moto basique qui permet d’introduire cette fonctionnalité à l’utilisateur, et une fois qu’on aura passé un volume d'utilisateurs de cette fonction en particulier, on pourra la faire évoluer pour apporter une valeur ajoutée au carnet d'entretien connecté.

En termes de compétences humaines, avez-vous connu des difficultés à recruter des profils pour vos besoins en électronique et développement embarqué ?

 

Oui, c’est un profil qui souffre d’une double crise : crise de la demande car beaucoup d’entreprises ont besoin de personnes avec ces compétences, et crise de l’Offre car trop peu beaucoup de développeurs s’orientent dans cette direction; il y a beaucoup de développeurs software (donc dans ce secteur il y a juste un problème de demande trop élevée, alors que nous on a une double problématique : demande trop élevée et offre trop faible) , on a une vraie difficulté à former en France des ingénieurs embarqués, ce sont majoritairement des ingénieurs étrangers disponibles sur ces postes là...

 

Merci beaucoup pour cet entretien Mr Mimouni !

Des outils pour se faciliter la vie

 

L'IoT ne se résume pas à la surveillance des étudiants ou au "flicage" de la population. C'est un secteur qui est encore en pleine phase de maturation, principalement popularisé grâce aux applications domotiques qui permettent de rendre la maison connectée "intelligente".